La Vallée des Roses et les Gorges du M’Goun

La Vallée des Roses et les Gorges du M’Goun

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Encore une très belle virée dans le sud du Maroc, cette fois-ci entre le Vallée des Roses, la Route des Mille Kasbahs et les Gorges du M’Goun.

Nous avons la chance d’avoir avec nous 2 guides, Lahcen et Ahmed, l’un qui connait très bien la région, et l’autre qui la découvre avec nous. Nous faisons ensemble les courses à Kelâat M’Gouna, puis prenons un mini-bus pour Boutaghrar où nous passons la 1ère nuit chez l’habitant. Nous sommes accueillis très chaleureusement dans une maison traditionnelle, des pièces rectangulaires tout en longueur entourant un grand patio. Comme un peu partout ici, plusieurs générations cohabitent en parfaite harmonie. Nous discutons longuement avec le grand-père autour d’un thé à la menthe, puis nous mangeons et allons dormir assez tôt. Le lendemain, au petit déjeuner, Mohammed le muletier nous rejoint et nous partons tous ensemble après qu’il ait fixé les sacs et provisions sur la mule.

Nos accompagnateurs:

vallee-des-roses-172Ahmed

vallee-des-roses-17Lahcen

Mohamed, le muletierMohamed

La vallée des Roses:

vallee-des-roses-9Au départ, le sentier longe la rivière M’Goun. Ses rives sont ombragées et verdoyantes. Nous traversons une multitude de petites parcelles cultivées. On y trouve des cultures maraîchères mais aussi beaucoup de luzerne destinée à l’alimentation animale. Beaucoup d’arbres également, des arbres fruitiers (c’est la pleine saison des figues et des noix), et des peupliers qui sont très utilisés en construction, pour faire les poutres supportant les plafonds des maisons traditionnelles. Par endroits le chemin est un peu glissant, et je me souviens à mes dépens qu’il n’est pas toujours souhaitable de s’accrocher à la première branche venue… on est tout de même dans la vallée des roses et, même si elles n’ont pas de fleurs en cette saison elles ont toujours leurs épines!

vallee-des-roses-108Mohamed, le muletier, nous a faussé compagnie pour emprunter la route, le chemin étant trop étroit pour la mule. Nous le retrouvons quelques heures plus tard. Il a installé une natte dans une clairière au bord de la rivière, et a préparé du thé à la menthe. Lahcen et Ahmed préparent le pique-nique. Après une petite sieste à l’ombre d’un figuier nous repartons.

Nous traversons un village. Les maisons sont très majoritairement construites de façon traditionnelle, en pisé. Les groupes de personnes que nous croisons échangent tous quelques mots amicaux avec nos guides. Nous les saluons également mais pour nous le dialogue s’arrête là, nous ne parlons pas berbère hélas.

vallee-des-roses-50Un peu plus loin, nous croisons deux femmes portant chacune un ballot d’herbe sur le dos. Elles discutent et plaisantent avec Lahcen et Ahmed, puis me proposent d’essayer de porter leur charge. Je me déleste de mon sac à dos et endosse la montagne d’herbe fraichement coupée de la plus jeune. Elles rient de me voir ainsi chargée. C’est très lourd et beaucoup moins pratique qu’un classique sac à dos…

vallee-des-roses-23Le sentier s’éloigne maintenant du lit de la rivière et monte un peu. Aussitôt le paysage devient plus aride, et la terre qui était très riche redevient une plantation de cailloux. Nous arrivons enfin à Alemdoun où nous allons passer la nuit dans un gîte d’étape. Zohra nous accueille et nous montre la pièce qui nous est attribuée. C’est une grande pièce rectangulaire, avec de beaux tapis très colorés au sol et des coussins tout autour. Après une petite balade dans les environs, nous rentrons manger. Lahcen a préparé un tagine qui cuit très doucement sur un petit brasero, et nous nous réunissons dans la cuisine en attendant qu’il soit prêt. Ahmed et Lahcen se relaient pour jouer du bendir (un grand tambourin berbère), chanter et raconter des histoires. Cette très joyeuse soirée se prolongera bien après le repas, avec la complicité de Zohra qui chante également.

 

La montagne

vallee-des-roses-123Le deuxième jour, le chemin traverse la montagne. Aucune difficulté, peu de dénivelé et des pentes très douces, mais les paysages sont très différents de ceux de la veille. Ici et là, nous passons près de petits campements abandonnés depuis quelques jours ou quelques semaines. Nous visitons l’un d’eux. Un muret de pierres sèches délimite un enclos, et de petites constructions basses forment la pièce de vie pour la famille et la bergerie. L’enclos est beaucoup trop petit pour abriter tout un troupeau, Lahcen nous explique que ce n’est pas un problème, les moutons n’ont aucun prédateur dans la montagne. vallee-des-roses-127Auparavant il y avait des loups, mais ils ont disparu suite à l’épandage massif par avion d’insecticides pour juguler une invasion de fourmis en 1987. De nombreux autres animaux ont ainsi été exterminés, dont les abeilles, mais c’est comme toujours les gros prédateurs qui se trouvent en haut de la chaine alimentaire qui sont paradoxalement les plus vulnérables…

Au milieu de nulle part, sur une piste, nous apercevons un mini-bus arrêté près d’un petit troupeau de moutons. Fin octobre, les nuits commencent à être très froides dans la montagne et le nomades partent avec familles et troupeaux vers l’Anti-Atlas, un peu plus au sud, vers le Jebel Saghro.

vallee-des-roses-132Les déplacements des éleveurs nomades:

Pour rallier les pentes du M’goun à l’anti-Atlas, les nomades utilisent maintenant des transports motorisés. On peut donc voir à la fin de l’automne des chargements surprenants, un mini-bus bondé surmonté d’un étage, voire parfois d’un double étage de galeries remplies de moutons. Il peut y en avoir une cinquantaine! Pour les troupeaux plus importants, on utilise aussi des transports par camions.

La vie dans les grottes:

vallee-des-roses-136Nous passons tout près d’un campement nomade. C’est un campement très sommaire: des grottes creusées dans la montagne, et quelques murets de pierre autour. Des paquets sont entassés dans un coin près d’un mur, signe d’un départ imminent. Les enfants arrêtent de jouer pour nous regarder timidement. Des chiens de berger aboient et nous entourent, l’air menaçant. Une femme sort d’une grotte pour voir ce qui se passe. Lahcen la salue et engage la conversation. Aussitôt les chiens se calment, jugeant que nous ne représentons pas une menace.

La femme nous invite à prendre un thé. Après nous être déchaussés, nous nous asseyons au fond de la grotte. Il y a là trois femmes et de jeunes enfants, ainsi qu’un tout jeune agneau handicapé d’une patte. Les hommes sont absents pour le moment, ils s’occupent des bêtes. Nous apprenons que ce sont trois familles amies qui ont décidé de se réunir. L’une a trois enfants, l’autre deux, et la plus jeune trois également dont un bébé de quelques mois.

Bientôt les bergers arrivent. Ils nous saluent chaleureusement et boivent un thé avec nous. Une jeune fille passe devant chacun d’entre nous avec un « tass », ensemble composé d’une petite bouilloire et d’une cuvette métallique pour que nous puissions nous laver les mains. L’un des hommes sort un magnifique pain rond et plat, cuit le matin-même sous les braises, une coupelle d’huile d’olive et une bouteille contenant un liquide doré, épais et limpide. C’est du miel de thym, qu’ils trouvent dans certaines grottes habitées par des abeilles sauvages. C’est tout simplement délicieux. Les discussions vont bon train, joyeuses ou sérieuses.

Inévitablement, au bout d’un moment, on nous demande notre avis sur un petit problème médical… on m’a donné tel traitement, ma fille mange de la terre, etc. Pour des personnes qui n’ont pratiquement pas accès aux soins, le fait que l’on vienne d’un pays où l’on peut voir un médecin au moindre bobo nous confère une expertise médicale que nous n’avons pourtant pas. Comme toujours, on dit qu’on n’y connait rien, mais on essaie de répondre avec mesure et bon sens et de ne pas décevoir nos hôtes.

Nous devons continuer notre route, nous déclinons donc l’invitation à passer la soirée et la nuit dans la grotte. D’ailleurs la famille a prévu de déménager le lendemain, et il reste pas mal de choses à préparer. Nous nous quittons en nous souhaitant mutuellement bonne route. Comme toujours, nous sommes profondément touchés par l’accueil, l’hospitalité et l’esprit d’ouverture de ces nomades berbères et nous partons à regret.

vallee-des-roses-142Nous poursuivons notre marche. Lahcen nous avait dit que l’on passerait par « la vallée verte » décrite comme une forêt mais c’est en réalité une zone légèrement boisée, avec des arbres ressemblant un peu à des thuyas, plutôt petits (3 à 4 mètres de hauteur) et clairsemés. Environ deux heures plus tard nous rejoignons Mohamed qui, comme d’habitude, a trouvé un bel endroit ombragé pour la pause-déjeuner. Le ciel s’est assombri et l’orage gronde sur la montagne. Nous décidons donc de ne pas nous attarder, mais nous sommes bientôt rattrapés par la pluie et les éclairs. Nous nous abritons sous de petits arbres en attendant une accalmie (oui, on le sait, il ne faut JAMAIS s’abriter sous un arbre en cas d’orage, mais ceux-là sont petits, de forme arrondie, et pas vraiment isolés, donc le risque est très faible). Quand nous repartons, la pluie est moins forte et le tonnerre ne gronde plus que faiblement. Nous marchons assez vite pour ne pas rester sous la pluie, et notre guide choisit un itinéraire plus direct que celui qu’il avait prévu. vallee-des-roses-150Nous arrivons bientôt à Agerzaga où nous posons nos sacs dans le gîte d’étape. Nous partons explorer le village. Nous sommes aussitôt entourés d’un petit groupe d’enfants. Comme toujours ils nous réclament des bonbons. Bien sûr nous n’en avons pas, mais ils nous accompagnent tout de même et nous guident jusqu’à leur école. Contrairement aux enfants nomades qui ne parlaient que le berbère, ceux-là parlent aussi arabe et même pour les plus grands quelques mots de français. Ils se font photographier, certains faisant les clowns et d’autres prenant des poses de stars, et rient de bon cœur en regardant les photos sur l’écran de l’appareil.

 

Les Gorges du M’Goun

vallee-des-roses-180Nous sommes un peu inquiets car le lendemain nous devons marcher assez longtemps dans le lit de la rivière M’goun, et les pluies abondantes de la journée rendent ce chemin impraticable. Si le niveau d’eau ne baisse pas pendant la nuit, nous devrons faire demi-tour pour retourner à notre point de départ.

Heureusement il ne pleut pas pendant la nuit, et le lendemain, sous un soleil radieux, nous pouvons emprunter la route prévue. Nous longeons d’abord la rivière, puis au bout de quelques kilomètres nous devons chausser des sandales pour marcher dans l’eau. Elle est glacée!. Dès que possible nous rejoignons la berge, mais pendant plusieurs heures nous ferons des traversées incessantes. Par endroits, nous devons former une chaine humaine pour éviter de trébucher ou d’être déséquilibrés par le courant très fort.  Le paysage est absolument magnifique, alternant des gorges étroites et des passages un peu plus larges où poussent en abondance une grande variété d’arbres et de fleurs. Nous nous gavons de figues et de noix, un délice!

vallee-des-roses-268Après la pause-déjeuner, nous marchons encore un peu dans l’oued, mais l’eau est maintenant moins froide. Comme dans la vallée des roses, nous traversons quelques petits villages et l’oued est bordé de nombreuses parcelles cultivées. Le chemin s’éloigne de la rivière et monte sur la falaise. Mohammed le muletier habite non loin de là, et nous récupérons nos sacs sur la mule pour lui permettre de rentrer directement chez lui. Le plateau nous offre bientôt une vue plongeante sur la vallée des Roses et Bou Tharar que nous atteignons après une petite heure de marche. Après une pause-soda bien méritée dans un café du village, nous rejoignons Kelâat M’Gouna en mini-bus pour une dernière soirée avant notre retour à Marrakech.

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Images de la randonnée entre la vallée des Roses et la vallée du M’Goun

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